Dimanche 13 février 2011 7 13 /02 /Fév /2011 12:32

  Le cor sourd retentis dans la montagne et une flèche fendit l'air en direction du cerf. Elle l'atteignit au niveau de la jugulaire et l'animal tomba dans le vide. Le cor retentis une seconde fois, ce qui signifia que Gaarn venait de trouver l'animal mort. Arguel défit le bandeau de tissu qui lui tenait les cheveux plaqués et l'empocha. Il enleva ses gants de cuir et les attacha à la ceinture, près du carquois remplis des trois flèches restantes. Agenouillé comme à son habitude sur le grand rocher situé à une centaine de mètres du niveau du sol, il avait une vue imprenable sur la vallée d'Arskeron et sur les magnifiques monts d'Eskanda. Il se releva et sauta à son tour du rocher pour atterrir sur une plate-forme haute naturelle et bondit immédiatement sur une autre, et ainsi de suite jusqu'à prendre pied sur la terre ferme, près de son cousin qui finissait de ligoter les membre du cadavre.
   Gaarn le regarda et reporta son attention sur le cerf mort. "Une bien jolie prise!" Pensa t'il. Il était jaloux de son cousin, car lui n'avait manqué aucunes flèches depuis qu'il avait l'age de tenir un arc à une main, alors que lui ne pouvait tirer une seule flèche droite. Sa corpulence lui permis de porter le cerf sur ses épaules et de rejoindre leur cabane à quelques kilomètres de là, dans la foret au pied des montages.
   Aucun son ne sortit de leurs bouches pendant tout le voyage de retour. Quelques heures auparavant, Arguel avait reçu un message mental de son ancien maître, lui ordonnant de partir dans la journée pour la capitale, avec pour mission de réunir en chemin tout ses anciens camarades de combat. Gaarn lui avait supplié de ne pas partir, ou alors de l'emmener avec lui pour se battre. Il ne savait peut-être pas se servir d'un arc comme son grand cousin, mais il maniait la hache et l'art du combat à mains nues comme personne. Il avait plusieurs fois défendu leur cabane de malandrins qui voulaient les piliers, et c'était souvent que les gens du village voisin lui demandaient son aide. Mais n'ayant pus participé à la Grande Guerre, il n'avait pas reçut d'entraînement militaire, et donc il ne savait pas ce qu'était la guerre. Ses deux parents étaient partis un matin pour ce battre, et le surlendemain c'est dans des draps de sois blanches qu'il les avaient vus endormis à jamais.
   Aujourd'hui, ils déjeunèrent de bonne heure. Il y avait la viande crue du cerf tué un peut plus tôt, de la salade, du pain frais et un bon vin de Lacmian. Le repas se déroula dans un silence d'ombre, en tête à tête, comme la coutume l'exigeait.
   Quand enfin le soleil se coucha, Arguel pris son baudrier, rassemblât ses affaires de voyage, prépara un bon quart de viande salée, du fromage, remplit son outre à vin et passa son arc autour de son épaule. Il serra fortement son cousin dans ses bras, l'embrassa pour ce qui certainement serait la dernière fois et partis sans rien dire. Il savait que les paroles étaient inutiles, et aucunes ne furent prononcées. Après un sanglot, Gaarn réussit à glisser un "adieu" avant que les sanglots lui interdissent la parole.
  Dix minutes passées, alors que son cousin avait disparut dans la plaine, il entra et s'assit à la table, en regardant sa grande hache accrochée au mur du fond. Il se leva et s'avança jusqu'à elle. "Ne fait que ce que te dicte ton cœur...". Arguel avait raison: il ne pouvait rester en place... le grand garçon de 21 ans leva ses mains et attrapa la hache de son père, le grand Cœur d'ours. Au touché, la hampe était froide et chaude à la fois. Dès qu'il retira la hache de son socle, un vent léger souffla à travers les innombrables ouvertures dans le bois des murs. "Ne fait que ce que te dicte ton cœur..." Gaarn pensa tout haut.
_Cette fois ci, je t'accompagne, cousin... Tu ne te débarrasseras pas de moi aussi facilement!
Déterminé.
  Une heure plus tard, la cabane était vide, du bois était prêt à brûler dans la cheminée de pierres noires, les lits étaient fais et la porte fermée. A une centaine de mètres de là, une grande silhouette aux épaules larges soutenants une lourde hache et portant un grand sac de voyage s'éloignait dans le crépuscule...

_Aller tavernier, encore une tournée! Jordane était ivre depuis plus d'une heure et son état fit sourire Migel. Depuis le début de la journée, la fête battait son plein. Son mariage lui donnait envie de croquer la vie à pleines dents. Sa nouvelle femme riait aux blagues du petit frère de Migel, son fils jouait à la guerre avec les autres garçons du village, et les Maitres-sagas amusaient les passionnés de leurs aventures et de leurs légendes.
  Un bruit sourd retentis derrière lui quand le grand bûcheron tomba ivre mort sur les tables en les renversant, ce qui fit exploser de rire toute l'assemblée, et en particulier le soldat.
_Bah alors Jordane, tu tiens plus debout!
Mais son compagnon dormait déjà sur les décombres des planches montées sur des trépiés pour servir de tables.
  Des bûches étaient régulièrement déposées sur le brasier qui brûlait de milles feux. Les flammes crépitaient et illuminaient toute la place. Joana, la nouvelle mariée, invitât Migel à une danse celtique que ce dernier accepta avec joie. Les couples se formèrent et les musiciens commencèrent à battre la mesure en une joyeuse mélodie sortant des instruments de musiques.
  Quelques heures plus tard, sur les coups de la mi-nuit, des cavaliers débarquèrent par l'entrée principale, ce qui provoqua l'arrêt des jeux et des mélodies dansantes pour laisser place à un silence seulement fendus par les sabots de chevaux épuisés et écumés frappants violemment le sol. Un cavalier se pencha sur sa scelle et contempla les villageois. Il portait un grand manteau en fourrure de daim et de grandes bottes de cavalerie. Son visage était froid mais triste, comme porté par la mort. Ses yeux tournèrent de droite à gauche jusqu'à trouver sa cible...
  Migel n'eut aucun mal à reconnaître ses frères d'armes à leur arrivée au village. Ils étaient cinq. Donc il était le dernier. Il aperçu Calpron sur son cheval noir à la crinière argentée. Julsis, le frêle albinos, portait un bandeau de soie noire et était perché sur un grand étalon archange, les chevaux du nord, les plus rapides d'Argen. Wish, son bâtonnet de dune à la bouche, le regardait tristement du haut de sa jument. Marc, lui, chevauchait un poney natif des plaines d'Arschaln, des tribus sauvages. Ils étaient positionnés en demi-cercle avec au milieu, s'avançant, le jeune archer prodige, Arguel. Il descendit de son grand cheval brun et s'avança sur la place et fixa froidement le bûcher. Migel ferma les yeux une seconde pour puiser la force qui lui restait et se dégagea de la foule pour s'approcher de l'archer. Sans un bruit, ils s'enlacèrent et s'embrassèrent sur les joues. Arguel leva la main et un cheval s'avança jusqu'à lui. Arguel reconnu immédiatement son cheval de fin de session. Il l'attrapa par le mores et lui caressa le museau en le regardant dans les yeux. Le géomancien tourna la tête en direction de sa femme une dernière fois avant de grimper sur la monture blanche.
  Dans la nuit, on pouvait encore entendre les pleures de la jeune mariée soutenant la triste complainte des chevaliers d'Argen jouée par les musiciens..."pourquoi maintenant? Pourquoi aujourd'hui?" une larme lui coula le long de la joue. Mais il savait que ce jour viendrait. Il avait prévenu tout ceux à qui il tenait que ce jour viendrait et qu'ils ne devaient surtout pas s'en faire et rester fort... Mais maintenant, c'est lui qui s'affaiblissait, et il n'aurait voulus pour rien au monde quitter sa femme. "Quand vous serrez appelés, vous répondrez sans broncher... Car telle est la volonté des dieux..." avaient été les dernières paroles de leur mentor, Ecclydion, avant qu'ils ne quittent le camp en cette fin d'été pour repartir chez eux. Et Migel avait imaginé la suite du discours dans sa tête: "car telle est la volonté des dieux que de les rejoindre. Profitez bien de vos derniers moments avec vos proches car la mort arrive..."

Par maggot-93 - Publié dans : Textes
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